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L’innovation méthodologique engagée par Franchet d’Espèrey

Aujourd’hui, l’ancien écuyer du Cadre noir de Saumur et ancien élève de prédilection de Bacharach, le continuateur de Beudant et de Faverot de Kerbrech dans la droite lignée du bauchérisme de la seconde manière, s’appuyant sur une expérience de près d’un demi-siècle, nous convie à une recherche nouvelle et à une réflexion d’ouverture originale sur les perspectives d’évolution de nos pratiques équestres. À sa manière, il investit l'esprit des exigences de l’Unesco :
« Pour rester vivant, le patrimoine culturel immatériel doit être pertinent pour ses communautés, recréé en permanence et transmis d’une génération à l’autre… Toute mesure de sauvegarde s’inscrit dans la perspective du renforcement et de la consolidation des conditions diverses et variées, matérielles et immatérielles, qui sont nécessaires à l’évolution et l’interprétation continues du patrimoine culturel immatériel, ainsi qu’à sa transmission aux générations à venir ».

L’innovation méthodologique engagée par Franchet d’Espèrey est une proposition d’évolution vers la libération de la locomotion du cheval en partant de l’hypothèse de travail suivante : dans une approche douce et respectueuse du cheval, il est possible et souhaitable d'améliorer la conduite du cheval monté en suivant, accompagnant et amplifiant les mouvements naturels du balancier de l'encolure dans le but d'obtenir une libération du nœud nucal qui constitue le lieu de commande central de la physiologie locomotrice équine.

18. Franchet d’Espèrey part d’une observation fine, faite en dehors du champ de toute activité équestre : tous les budo, et plus particulièrement l’aïkido, sont édifiés autour du concept de ma-aï, phonème japonais qui signifie distance ou intervalle (ma), union, harmonie (aï) et rend compte de l’espace dans lequel le combattant doit arriver à temps ou se mettre à l’heure de son adversaire. Ma-aï (prononcez « mawouaï ») assure donc la gestion du rythme et de la distance en permettant l’accord entre les partenaires dans le but d’agir avec à-propos, précision et opportunité. L’action est alors parfaite lorsqu’elle est entreprise dans une conscience de non-être : il ne s’agit pas d’entrer en opposition avec le partenaire, mais, au contraire, d’entrer en harmonie avec lui, pour mieux guider l’action et prendre en compte l’ensemble des contraintes environnementales.

« Rapportée à l'équitation et interprétée au niveau de l'écuyer, cette technique consiste à suivre, accompagner et amplifier les mouvements naturels et nécessaires de la locomotion du cheval, en particulier ceux de la nuque, dont le rôle est de diriger toute la machine animale ».

Franchet d’Espèrey est convaincu qu’il est vain de vouloir modifier les mouvements naturels du cheval et qu’il vaut bien mieux les amplifier, ce qui revient à agir toujours dans le sens même de ces mouvements et à ne jamais se mettre en opposition avec eux. Alors le cheval, en reconnaissance de la bonté de main de son cavalier, n’étant plus inhibé dans ses comportements et mouvements, se met en confiance, s’abandonne et s’apaise, puis, dans un relâchement musculaire sans tension, livre ses forces.

Dans ce sens, c’est la douceur et le respect qui fondent la relation au sein du couple cavalier/cheval.

L’accompagnement et l’amplification, par le cavalier, des mouvements du cheval n’est cependant possible avec efficience qu’après accomplissement de deux préalables : l’entrée du cheval dans le mouvement passif et l’obtention de la neutralité de sa bouche.

 

19. L’éducation du cheval au mouvement passif consiste, pour l’essentiel, à lui faire oublier le réflexe de réponse à un stimulus déterminé en abandonnant le principe de l’action/réaction, jadis faussement énoncé par Licart comme une « loi générale » :

« Le cheval, dit Licart, a une tendance naturelle à répondre à une tension de rêne par une traction en sens inverse ; si, après avoir fait une tension sur les deux rênes (compression des ressorts), les doigts laissent glisser les rênes, le cheval répond par une extension d'encolure (détente des ressorts) ; à une légère tension d'une rêne, la droite, par exemple, le cheval répond naturellement en portant le bout du nez à gauche ».

La loi de l’action/réaction, connue en physique sous la dénomination de 3ème loi de Newton, dite des actions réciproques, est formulée comme suit : lorsque deux objets A et B sont en interaction et que la force exercée par A sur B est toujours la même que celle exercée par B sur A, égale, mais opposée, alors, quel que soit l’état de repos ou de mouvement des deux corps, ces deux forces vérifient toujours la relation fB/A = - fA/B.

Quelle que soit la séduction première de son énoncé scientifique, cette loi n’a pas sa correspondance en équitation. Ce qui, en effet, est erroné dans cette formulation, c’est que la nature du cheval ne le conduit nullement à s’opposer systématiquement aux sollicitations de son cavalier, pour peu que celles-ci soient faites avec la douceur qui sied à une relation respectueuse.

20. Par ailleurs, le principe de la neutralité de la bouche conforte l’abandon d’action/réaction, en ce sens que la mobilité de la mâchoire inférieure du cheval n’est jamais demandée, quoique volontiers acceptée. N’agissant avec sa main que par petites touches réservées à la commissure des lèvres et s’inscrivant entièrement dans l’accompagnement, le cavalier n’entre pas en conflit avec sa monture.

Franchet d’Espèrey franchit le pas et ose affirmer : « J'ai assidûment pratiqué la mobilisation de la mandibule du cheval. J'ai scruté tous les grands textes de référence. J'ai réfléchi, puis développé la question dans La Main du Maître. J’ai organisé un colloque en 2007 sur le thème de la relation avec la bouche du cheval. Après tout cela, j’ai acquis l'intime conviction qu'il est possible d'obtenir la flexibilité complète du cheval en appliquant seulement le principe d'accompagnement et d'amplification des mouvements, sans rechercher obligatoirement la mobilisation de la mâchoire inférieure ». Je persiste dans cette opinion en dépit de ce qu’écrit L’Hotte : « La mobilité de la mâchoire ne constate pas seulement sa soumission ; la flexibilité de cette région va plus loin, en provoquant celle de l'encolure, puis des autres ressorts, par suite de la corrélation existant instinctivement entre toutes les contractions musculaires ».

Toutefois, si la flexibilité de la mâchoire inférieure n’est pas indispensable pour obtenir celle des autres régions, il apparaît que celle de la nuque, en revanche, débloque le verrou de l’ensemble du cheval : quand la nuque est détendue, la bouche, en restant dans le mouvement passif, suit tous les mouvements de la main qui s’inscrivent dans la dynamique de la locomotion et ne restreignent pas celle-ci.

Ajoutons que la mobilisation de la mandibule n’est pas sans inconvénients. Lorsque, la sollicitant, le cavalier exerce une tension sur une rêne ou sur les deux, cette tension limite les mouvements de la tête et de l’encolure dans leur déroulement cyclique. À un moment du cycle, elle s’exercera obligatoirement à contre-sens. Alors la main qui prolonge cette touche exercera une tension qui se transformera en effet « ouvre-boîte » sur le canon du mors, lequel appuiera sur la langue et forcera l’ouverture de la bouche, laquelle, par voie de conséquence, provoquera la fermeture de la nuque.

Il est vrai que, lorsque le cheval est contrarié dans ses mouvements, la mobilité de la mâchoire inférieure se transmet, comme par un effet de parasitage, aux muscles de la nuque qui se mobilisent à leur tour. Cette double mobilité forme écran à la communication entre le cheval et le cavalier. Le cheval n'est plus dans le mouvement passif, mais bouge pour lui-même en échappant au contrôle du cavalier. A quoi s'ajoute que la fermeture de la nuque vient toujours comprimer les parotides, elles aussi très sensibles ; ce qui provoque un mouvement de tête cherchant à se dégager de cette gêne.

C’est pour cela, très exactement, que le ramener sera alors impossible, car il ne pourra plus, comme il se doit, être le résultat d’un mouvement d’ensemble qui s’arrondit en remontant vers la poitrine du cavalier et sans fermeture de la nuque du cheval. Il faut, dans ce cas, privilégier la liberté de nuque sur la posture du ramener (laquelle n’est pas, selon des écuyers comme Beudant, indispensable à l’équilibre). Il s’agit donc d’accepter que la mobilité se manifeste d’elle-même, comme le témoignage d’un relâchement général, d'une manière peu visible et telle qu'elle ne modifie en rien le contact avec la main : celle-ci doit rendre et avancer plus que ne le requiert l'amplitude du mouvement normal du cheval, afin de ne pas intervenir sur la mâchoire inférieure pendant ses mouvements.

21. À partir de là, tout est dans le respect de la locomotion du cheval. Celle-ci est complexe. Deux aspects doivent surtout être pris en compte.

D’une part, le déplacement est reptilien et repose sur les ondulations de la colonne vertébrale qui mettent la masse, et plus particulièrement le tronc, en mouvement ; les membres, qui servent en premier lieu de soutien, font aussi office de moteur : tracteur pour les antérieurs, pulseur pour les postérieurs.

D’autre part, c’est la tête qui est aux commandes de la machine animale : c’est elle qui dirige tous les mouvements.

Ce n’est pas l’opinion de L’Hotte lorsqu’il affirme que « le point de départ de tout changement de direction doit donc être marqué par la disposition des hanches ». Cette indication pourrait incliner à s’adresser directement aux hanches pour les disposer en vue d’un mouvement… Or, l’observation du cheval en liberté fait apparaître clairement que cette disposition des hanches est précédée d'un mouvement latéral de la tête en dedans du tourner dont l'effet est d'attirer le postérieur du dedans sous la masse et en avant du postérieur du dehors, lequel, lorsqu'il vient à l'appui, sert de pivot à la conversion.

Si les hanches imposaient la direction, le cheval ne pourrait en effet y avoir recours qu'en s'opposant tout d'abord aux indications de la main. Dans le cas extrême où la survie du cavalier l'obligerait à régler en urgence la situation par un effet de force, (au moyen d'aides latérales par exemple), qui lui permette de modifier la disposition des hanches par rapport aux épaules, il n'en resterait pas moins que c'est de la flexibilité et de la souplesse de la nuque que viendrait la domination en douceur du cheval et la bonne disposition des hanches qui en découlerait.

Et c'est bien ce cas qui nous intéresse ici, parce qu'il inscrit la relation du cavalier et du cheval dans une perspective de long terme.

22. La déliaison de la nuque et la disponibilité de celle-ci exercent un tel effet sur l’ensemble du cheval que s’impose, d’elle-même, la renonciation à vouloir fixer la posture de la tête, soit à l’aide d’un enrênement, soit par une fixité arbitraire de la main, soit encore en opposant résistance à résistance comme le préconisait Baucher, ou enfin en multipliant et en « forçant » quelque peu les flexions.

En effet, lorsque la main du cavalier se fixe, elle agit comme si elle était devenue le centre d’un cercle dont les rênes seraient les rayons ; la bouche du cheval n’a plus, dans ce cas, qu’une trajectoire possible : celle qui est déterminée par le cercle. Tête et encolure exécutent alors un mouvement de bascule de haut en bas et de bas en haut comparable à celui de l'aiguille d'une machine à coudre.

Or, une bonne observation du cheval en liberté indique tout autre chose : aux trois allures naturelles, les mouvements de l'avant-main ressemblent à ceux d’une poule qui picore les grains : ce qui signifie qu’ils présentent une succession d'élévations et d'abaissements-extension accompagnés d'une alternance d’ouverture et de fermeture de l'angle tête-encolure. Tout se passe comme si le cheval nageait…

On en déduira que restreindre les mouvements ondulatoires de la nuque ou perturber et modifier ceux de la tête et de l'encolure revient à limiter les mouvements du reste de la colonne vertébrale ; ce faisant, le cavalier transfère en effet inconsciemment vers les membres une partie supplémentaire du travail de la locomotion.

Il s'agit, bien au contraire, de conserver ou de retrouver, si elle était perdue, l'innocence de la nature libre, c’est-à-dire la locomotion du poulain livré à lui-même.

23. De tout ce qui précède, on doit conclure que pour diriger le cheval, il faut influencer les mouvements de la tête et de l’encolure dans le strict respect de leur fonctionnement naturel. Cela revient tout simplement à guider le cheval pour l’amener à prendre la posture qu’il prend de lui-même lorsqu’il est en liberté.

La solution proposée par Franchet d’Espèrey est d’une implacable logique : influencer les mouvements naturels du cheval par leur amplification et toujours agir dans le sens même de ces mouvements naturels. Cela implique d’abord de les suivre et de les accompagner : et c’est ainsi que la physiologie du cheval est respectée dans sa globalité avec une particulière attention portée au niveau de sa bouche. Cette amplification est possible à condition de bien accompagner les mouvements de tête et d’encolure sur des rênes détendues et sans contact particulier avec la bouche : c’est dans cet accompagnement que la main pourra, par petites touches, effleurer la commissure des lèvres sans agir à contretemps

Par cette action coordonnée, la bouche du cheval restera neutre, sans mobilité particulière qui pourrait faire écran à la communication avec la main.

Réciproquement, la main laissera la bouche tranquille pendant la déglutition salivaire réflexe, qui ne devra jamais être perturbée à peine de risque pathologique : la déglutition se fait en deux temps : un premier temps, pendant lequel les dents restent serrées ; suivi d’un second, pendant lequel la langue redescend à sa place dans l’auge, cependant que la mâchoire inférieure s’écarte légèrement, parfois à plusieurs reprises.

Le commandant Decarpentry, dès 1920, nous avait donné une belle description du phénomène : « La mobilité de la bouche n’est pas une suite de mouvements convulsifs et saccadés de la mâchoire et de la langue qui produisent un cliquetis rageur des mors ; c’est un mouvement souple, discret, moelleux d’une langue qui remonte de quelques millimètres, comme pour une déglutition, avec une mâchoire à peine entr’ouverte, tandis que les mors font entendre le discret « murmure » dont parle le général L’Hotte. Mais cela s’obtient par les actions d’une main délicate et expérimentée, qui sait sentir jusqu’à l’ombre d’une résistance opposée à la sienne, calculée au milligramme sans cesser un instant de laisser passer l’impulsion et rende dès que la cession est obtenue, pour reprendre insensiblement dès que l’équilibre s’altère ».

À ce stade d’extrême subtilité, Beudant précise que « pour amener la légèreté, la main se fixe sans jamais se rapprocher du corps du cavalier, les doigts exerçant sur les rênes une pression lente qui doit faire céder la mâchoire ».

Et c’est aussi ce que Racinet veut nous expliquer clairement lorsqu’il écrit : « La main fixe n’est donc pas une main qui se refuse à tout mouvement vers l’avant si ce mouvement est nécessaire à l’équilibre du cheval, c’est UNE MAIN QUI SE REFUSE À TOUT RECUL au moment où la cession de mâchoire se produit. Si au moment où il commence à ouvrir la bouche, aucun soulagement ne lui est apporté parce que la main, en reculant, continue involontairement d’agir, le cheval interrompra sa cession et résistera ».

24. Quant à l'amplification des mouvements de la colonne vertébrale, elle peut intervenir soit vers l’avant et le bas, soit vers le haut, soit latéralement.

L’amplification vers l’avant et vers le bas permet le développement maximal des ondulations verticales de la colonne vertébrale. Au pas, à chaque lever d’un antérieur correspond un abaissement de la nuque : il suffit, à cet instant précis, d’un léger toucher sur la rêne plutôt en ouverture qui amène légèrement la tête en dedans d’un cercle pour solliciter les fléchisseurs qui sont en même temps les abaisseurs. Ces ondulations de la colonne vertébrale sont capitales puisqu’elles déterminent toute la locomotion du cheval dont le tronc est le moteur principal, l’avant-main et l’arrière-main n’étant que des agents moteurs secondaires, de traction (avant-main) ou de poussée (arrière-main).

L’amplification vers le haut sollicite les muscles dentelés du cou, qui, par chaîne musculaire circulaire, sont reliés aux pectoraux ascendants, aux abdominaux et aux psoas, déterminant ainsi la flexion du bassin nécessaire au rassembler. Au pas, à chaque poser d’un antérieur, correspond un mouvement d’élévation de la nuque qu’il suffit d’accompagner petit à petit.

Latéralement, l'amplification des ondulations de la colonne vertébrale est conditionnée par la mobilité latérale du garrot. On sait, grâce aux études faites sur les possibilités d'incurvation de la colonne vertébrale au niveau du dos que la latéroflexion est très restreinte, réduite à quelques 22° entre les vertèbres D9 à D14, zone située à peu près sous le siège du cavalier. Mais, si l'on prend en compte la mobilité du garrot, on arrive à obtenir une incurvation latérale significative de toute la colonne vertébrale. La pression du mollet s'exerce au moment même de l'amplification du déplacement latéral du garrot demandé par balancement latéral de la main.

Ce faisant, on se souviendra que chez le cheval, la ligne droite est une sinusoïde étirée : en amplifier les ondulations augmente l’amplitude des foulées et développe l’impulsion.

Observation finale quant à la dissymétrie du cheval : celle-ci se révèle facilement en examinant sur un cercle, successivement aux deux mains, les trajectoires des postérieurs. Pendant que celui du dehors pousse la masse exactement dans l'alignement de l'épaule qui lui fait face, celui du dedans s'engage sous la masse en venant bien en avant du postérieur du dehors ; ceci trouve sa répercussion dans l'avant-main, dont les muscles travaillent en compensation. À cheval, il s’agira de rendre harmonieux le fonctionnement d'un système dissymétrique.

25. C’est ainsi que j’ai appréhendé les leçons d’équitation que j’ai vu donner par Franchet d’Espèrey depuis 2013 à ses élèves et à certains des miens que je lui ai volontiers envoyés pour recueillir son enseignement, ainsi qu’au travers nos nombreux échanges écrits ou verbaux.

Depuis lors, plusieurs fois par semaine, pour ne pas dire quasi-quotidiennement, nous échangeons amicalement, avec Patrice Franchet d’Espèrey, nos réflexions équestres. J’espère donc n’avoir pas trahi sa pensée dans les publications qui prennent (provisoirement) fin aujourd’hui. Si tel vous semblait néanmoins être le cas, n’hésitez pas à m’en faire part afin que je puisse m’en entretenir avec lui et, le cas échéant, parfaire mes textes.

Notre tradition équestre, caractérisée par la sobriété des mouvements du cheval et de la gestuelle humaine, mais aussi par l’économie des moyens généraux, la perfection du maintien et l’élégance des attitudes, est construite sur des constantes inébranlables, à côté desquelles moyens et procédés propres à chaque écuyer peuvent constituer des variantes originales. « Les moyens, servant à l’application des principes, ne sauraient être fixés d’une façon invariable », rappelait L’Hotte fort opportunément.

La pratique savante de l’art équestre est sans doute celle qui apporte au cavalier le plus de vraies satisfactions ; elle n’en est pas moins délicate et difficile. De nombreux pratiquants estiment qu’ils peuvent trouver leur compte dans une équitation moins élaborée. En vérité, tout emploi du cheval, dès lors qu’il intervient avec douceur et respect de l’animal, est conforme, par là-même à l’essentiel de la règle déontologique. Le reste n’est qu’affaire de perfectionnement volontaire, non d’impératif.

Le général L’Hotte, qui fut l’élève de Baucher et celui d’Aure, aura toujours refusé de renier l’un de ses deux maîtres au profit véritable de l’autre, pourtant porteurs, l’un et l’autre, d’une part importante de la « vérité équestre » de leur temps. Peu en importent les raisons profondes ; mais, sans doute, aura-t-il été sincère en écrivant : « Les grandes vérités équestres apparaissent à toutes les époques, sont de toutes les écoles et, entre les doctrines des différents mais vrais maîtres, se trouvent de nombreux points de connexité, qu’un parti-pris ou des rivalités d’écoles ont seuls pu empêcher de reconnaître ».

En matière de bauchérisme, le grand danger doctrinal, c’est qu’une part, heureusement fort peu importante, de cavaliers qui ont effleuré quelque écrit livresque, voire commencé sous la férule d’un enseignant insuffisamment préparé, à pratiquer une équitation éclairée par le souci de l’équilibre, croient prématurément détenir la clef de la méthode établie jadis par Baucher. Ces personnes qui, parfois n’en sont qu’aux balbutiements, sont indiscutablement les plus jalouses de leurs petites recettes et les confondent avec l’expérience qu’il faut avoir accumulée et la somme de connaissances qu’il faut avoir engrangées pour être en mesure d’en restituer une infime partie. De là, naissent bien des disputes, inutiles et stériles à force de manquer de fondement. Plutôt que d’entrer et de se complaire dans de telles querelles byzantines, mieux vaut s’employer à glorifier le cheval, bien plus qu’à abaisser les humains qui ont appris à s’en servir d’une manière qui n’est pas la nôtre…

Au-delà de toute considération présente, la pensée de Patrice Franchet d’Espèrey, variante émérite du bauchérisme de seconde manière, poursuivra son évolution (car un bauchériste poursuit toujours son évolution, tout au long de sa vie), tant dans le domaine de l’équitation que dans celui de l’éthique humaine. Peut-être ne serai-je pas celui qui relatera les développements futurs. Je veux être celui qui, aujourd’hui, pour le mieux-être de votre cheval, vous convie à en expérimenter tous les effets et, pour votre équilibre de cavalier, vous suggère le chemin d’une vision humaniste du monde équestre.

© Bernard Mathié – Novembre/Décembre 2019

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